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Le poète d'expression lumineuse
Par Emanuela Frate
Un jour Michel Deguy dit de Jalel El Gharbi qu'il est «sombre et précis» et la critique le présente comme «le poète d'expression lumineuse ». Il est cela et encore plus.
La poésie, chez lui, devient lyrisme pur, sans sembler aux yeux des lecteurs, affecté ou rhétorique. Ce recueil de poèmes, que je viens de présenter et de traduire (Jalel El Gharbi, Urla di disperazione "Traduzione e note critiche a cura di Emanuela Frate" aux éditions Kimerik) atteint la plénitude, et tous les poèmes qui le composent ont un thème autonome et cohérent qu'il s'agisse du point de vue stylistique ou du point de vue thématique.
C'est une poétique de l'homme, qui met en premier plan l'être avec ses élans et ses limites ; avec son envie de rejoindre la Perfection, l'Absolu mais aussi avec ses chaînes qui entravent sa course fébrile. C'est une poétique de l'être du désir animé par l'amour de tout connaître et de se connaître.
La poétique de J. El Gharbi se nourrit du passé avec un regard tourné vers le futur. Elle évoque son passé en le réinventant et en le faisant adhérer à la réalité contemporaine. Ainsi, il est facile d'entrevoir, parmi les lignes, le charme et les archétypes de la Méditerranée avec une signification tout à fait différente. Le nomade, image si chère et si commune dans la littérature arabe, devient un apatride, un homme pourchassé politiquement, icône du mal-être de l'homme postmoderne : «Nomade qui fuit les villes salines/ Et qui pleure devant les frontières/ Je suis d'un no man's land qui va/ du pôle au pôle» (Des Esperluettes). De même la vastitude du désert et celle de la mer deviennent des lieux d'errance où se perdre : «Que je confonds désert liquide et mer ?» (Sans titre). Même la figure féminine si lointaine et si évanescente (une claire inspiration à la poétique "udhrite") devient le prétexte pour une plus ample réflexion sur le concept de la beauté et de l'altérité. L'homme aime quand il est totalement absorbé, épris par l'altérité. Tout poéme d'El Gharbi pose donc l'accent sur la beauté de l'autre, quel qu'il soit. On pourrait se demander si une femme décrite d'une telle façon n'est pas autre chose qu'une allégorie de la poésie. Dans une société où règne la laideur apportée par l'industrialisme et la technologie, l'uvre poétique demeure encore la seule chose qui incarne l'idéal d'une beauté originelle.
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